Quand un cardinal joue les play-boy: l’interview qui fâche!

Je viens de traduire cet interview qui a fait du bruit au mois d’octobre (et le vent ne fait que se lever apparemment) et qui m’est passé inaperçu. Une amie avec qui je discutais ce midi m’en a révélé l’existence. Et je crois que les Africains qui comme moi se sont désintéressés du synode sur la famille, dont l’agenda paraissait bien trop européen, dicté par les médias, en ont ici une confirmation et une raison de regretter de l’avoir fait. Grosse gaffe ou pas, la poussée raciste du grand cerveau du pape François a de quoi faire réfléchir. Mais je publie d’abord ma traduction de l’interview, réservant les commentaires pour le prochain billet. Les (???) disent sans doute mes difficultés à traduire mais surtout mon incertitude sur le sens de la phrase.

Votre Éminence, comment vont les choses au Synode ?

Tout est très calme actuellement. Ce matin, c’était un peu chaud mais c’est évidemment à cause de vous, les médias.

Hier on nous a dit que « l’esprit de Vatican II» soufflait au synode. Êtes-vous d’accord avec cela ?

C’est vraiment l’esprit du concile – je confirme.

Sentez-vous venir du changement sur la question du divorce et du « remariage » ?

J’espérais qu’il y aurait une certaine ouverture et je crois que la majorité pense comme moi. Ce n’est qu’une impression ; il n’y a pas de vote. Mais je pense qu’on peut espérer une certaine ouverture. Mais peut-être cela n’arrivera-t-il qu’au prochain synode.

Avez-vous senti une opposition croissante à vos propositions ces derniers jours ?

Non. Dans la première phase du synode, j’ai vu plutôt une majorité croissante en faveur d’une ouverture. Je l’ai vu – mais c’est plus qu’un sentiment. Il n’y avait pas de vote. Il y aura (bien sûr) un vote, mais ce n’est pas encore le cas.

Savez-vous comment le Saint Père regarde le synode et ses développements si importants ?

Il ne l’a pas dit – il a été silencieux, il a écouté très attentivement, mais c’est clairement ce qu’il désire, c’est évident. Il veut une part importante de l’épiscopat derrière lui et il en a besoin. Il ne peut pas le faire contre la majorité des évêques.

Y a-t-il un intérêt pour lui à pousser les choses aussi loin ?

Il ne pousse pas. Dans son premier discours, il parlait de liberté : liberté de parole, tout le monde devait dire ce qu’il pensait et ce qu’il avait sur le coeur et cela s’est révélé très positif. Personne ne se demande : « qu’est-ce que le Saint-Père pense de ceci ou cela ? Qu’est-ce que je peux dire ? » Cette liberté d’expression a été très concrète à ce synode, plus que dans d’autres.

On raconte qu’il a ajouté cinq rapporteurs spéciaux vendredi pour aider le rapporteur général, le cardinal Peter Erdö. Est-ce parce qu’il essaie d’influencer le cours des chose selon ses désirs ?

Je ne suis pas dans le secret du cerveau du Pape. Mais je pense que la plupart de ces cinq personnes sont des gens ouverts qui veulent aller de l’avant. Le problème, c’est qu’il y a des problèmes différents de continents différents et de cultures différentes. L’Afrique est totalement différente de l’Occident. C’est également le cas des pays asiatiques et musulmans ; ils sont très différents, en particulier à propos des gays. Il n’y a pas de dialogue possible sur ce sujet avec les Africains et les populations des pays musulmans. C’est impossible. C’est un tabou. Nous, nous disons que nous ne devrions pas discriminer, nous ne voulons pas faire de la discrimination à certains égards.

Mais les participants africains sont-ils écoutés à cet égard ?

Pour la plupart d’entre eux, non!

Ils ne sont donc pas écoutés ?

Ils se font écouter en Afrique certainement où c’est un tabou.

Qu’est-ce qui a changé pour vous dans la méthodologie de ce synode ? [question du journaliste français]

Je pense qu’à la fin nous devrions avoir une ligne générale dans l’Église, des critères généraux ; mais nous ne pouvons pas résoudre les problèmes de l’Afrique. On doit aussi donner de la place aux conférences épiscopales locales pour résoudre leurs problèmes ; avec l’Afrique, c’est impossible à faire. Ils ne devraient pas trop se mêler de nous dire ce que nous avons à faire.

Master Kasper likes only one kind of African: muzzled, submissive, and silent, and who knows his own place

Master Kasper likes only one kind of African: muzzled, submissive, and silent, and who knows his own place

Il y a beaucoup d’inquiétude au sujet de votre proposition.

Oui, oui, il y en a beaucoup.

On dit qu’elle provoque beaucoup de confusions parmi les fidèles, et qu’elle inquiète beaucoup de personnes. Que répondez-vous à cela ?

Je ne peux parler seulement de l’Allemagne où la grande majorité veut une ouverture à propos du divorce et du remariage. C’est le cas en Grande-Bretagne, et partout ailleurs. Quand je parle aux laïcs, même les personnes âgées qui sont mariés depuis 50/60 ans, ils n’ont jamais pensé au divorce, mais ils trouvent qu’il y a un problème avec leur culture et qu’un problème se pose de nos jours dans chaque famille (???). Le Pape m’a également dit que [ces problèmes existent] aussi dans sa propre famille, et observant les laïcs et il voit que la grande majorité est favorable à une ouverture raisonnable et responsable.

Les gens ont cependant l’impression que l’enseignement de l’Eglise va être détruit par votre proposition si elle passe : ce serait défaire 2000 ans de doctrine de l’Eglise. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Personne ne met en cause l’indissolubilité du mariage. Je pense que ce ne serait pas d’un grand secours pour les gens ; mais si vous regardez à cette parole de Jésus, il y a différents évangiles synoptiques dans des endroits différents, dans des contextes différents (???). C’est différent dans le contexte judéo-chrétien et dans le contexte hellénistique. Marc et Matthieu sont différents. Il y avait déjà un problème à l’âge apostolique. La Parole de Jésus est claire, mais comment l’appliquer dans des situations différentes, complexes ? Il y a un problème à appliquer ces paroles.

L’enseignement ne change pas ?

L’enseignement ne change pas mais ion peut l’approfondir, il peut être différent. Il y a aussi une certaine croissance dans la compréhension de l’Evangile et de la doctrine, une évolution. Notre fameux cardinal Newman avait parlé du développement de la doctrine. Pareillement, il ne s’agit pas d’un changement, mais d’un développement dans la même ligne. Bien sûr, le pape le veut et le monde en a besoin. Nous vivons dans un monde globalisé et on ne peut pas tout gouverner, à partir de la Curie. Il doit y avoir une foi commune, une discipline commune, mais une application différente.

11 novembre : un anniversaire!

J’ai 32 ans ! Non, 33 et même plus ! Je suis né avant de l’être ; je suis né quand je ne savais pas encore ce qu’est le monde. Je suis né quand mes parents se sont rencontrés et qu’ils se sont dit « tiens, nous aurons une famille et nous auront des enfants ». J’avais un prénom avant d’en avoir ; ils me connaissaient, ils m’appelaient quand je ne savais encore répondre. Beaucoup de gens se réjouissaient de m’attendre, et beaucoup se battaient de savoir quel prénom je porterais. Si, si ! Mon frère Francis, paix à son âme, qui était mon aîné de 6 ans, fier d’avoir un frère, courut regarder au calendrier et rapporta mon prénom comme un trophée : Léonard.

De cette histoire que je raconte, je n’en sais rien ; ce n’est pas pour cela qu’elle n’a pas existé. Les débats de nos jours sur ces enfants qui seraient des choses avant de naître, sur ces vieillards qui seraient des légumes avant de n’être plus sont des philosophades de gens oiseux. Moi, je le sais : je ne serais même pas né que j’aurais gardé dans le cœur de Francis qui surveillait ma naissance tel un gynéco, la trace d’une joie perdue ou d’un drame qui aurait déterminé sa vie. Nous ignorons tout ce que nous avons fait avant de naître un matin ou un soir. Cette bagarre que nous avons provoquée entre papa et maman, cette gifle que le gynéco s’est fait appliquer, ce rire que nous avons arraché à grand-mère et ces larmes de grand-père, cette angoisse suscitée chez maman, cette espérance que nous avons apprise à papa, nous étions les héros d’une histoire que nous imaginons à peine.

anniversaire2Quoi me dira-t-on ? N’a-t-on pas le droit ? À quoi je répondrais qu’il faut être avant d’avoir, fût-ce un droit. Et pour être nous devons être aimé d’ailleurs, par quelqu’un que nous ne connaissons pas, que nous n’avons pas vu parce que nous ne pouvions voir, que nous n’avons pas entendu parce que nous ne pouvions entendre… par nos parents. C’est bien pourquoi je suis né quand je n’étais pas encore né. Je suis né dans l’amour, quand je n’étais pas encore. J’ai 32 ans. Non, 33 ou même plus. Et d’ailleurs, à quoi servent les années si l’on n’est pas aimé ?

Je ne serai donc pas narcissique au point de me souhaiter un joyeux anniversaire. Ou je me le souhaite en une forme d’action de grâce à Dieu pour tous ceux là qui permettent de commencer l’année zéro de sa vie et que je ne saurai pas nommer puisque, hors mes parents, je ne les connais guère. C’est sûr, c’est seulement un jour dans la lumière que nous saurons pourquoi il faut dire merci. Faute de savoir à qui je dois dire merci (merci à qui passera par ici par exemple), je lance le mot vers Dieu, vers le Ciel et espère qu’il répandra les mérites. Alors, MERCI…

Eglise, que dis-tu de toi-même ?

 Ceci est un très beau texte sur l’Église d’un certain Arnold Stötzel que le théologien allemand Gerhard Lohfink met en clôture de son livre Does God need the Church? Il y était traduit de l’allemand en anglais et j’ai complété le chemin pour le français. Bonne lecture…

Église, que dis-tu de toi-même?

Je suis venue tard dans le monde, tout était déjà en place. Dire que je viens de la barbarie ne serait pas juste. Dire que je viens de rien serait plus proche de la vérité. IL m’a trouvée. C’est tout. Ma demeure était la poursuite d’une trace, un parfum qui m’était étranger.

Lorsqu’ils bâtirent la tour de Babel, je me suis dit à moi-même : le pouvoir s’est installé chez les hommes depuis bien longtemps. Me tenant au pied des pyramides, j’ai confessé : la religion, ils l’ont aussi. M’étant retrouvée parmi les Romains, j’ai pensé : qui pourrait jamais encore bâtir un empire comme celui-ci ? Je me suis retrouvée face à Platon et me suis murmuré : la sagesse n’est-elle à demeure ici ? Y a-t-il une place pour moi en ce monde, un besoin de moi ? Mon seul équipement demeurait cette question-là. Elle m’a rendue vagabonde parmi les peuples et les âges.

Quand j’essayai d’être ce que je suis, mon initiation commença. Je glissai dans la robe de la religion, mais ce ne fut que lambeaux sur ma peau. Ne serais-je donc pas une religion ? Je fis alliance avec le pouvoir et l’État ; je rêvai d’un empire qui soit à moi et j’agis comme les puissants. Ce rêve se fracassa. Devais-je inaugurer un nouveau type de royaume ? Je vis les nations naître et mourir, vivant selon leurs propres lois. Serais-je un peuple appelé à vivre autrement ? Toute la sagesse que j’entrevis dans toutes les écoles du monde m’incitèrent à me former à travers ce que je vécus, et à partir de l’inquiétude qui habitait ma turbulente existence.

EgliseJe suis celle qui porte et souffre de la lumière de la sagesse de Dieu à propos du ciel et de la terre, l’unique médiateur du salut pour cette planète. Pour mon bien, il porte le nom très honorable d’ « étoile de la rédemption », car je porte en moi la mesure même de Dieu ; les vues de Dieu sur notre monde sont gravées en moi et en mon histoire. Regardez-moi : je suis pécheresse et j’ai des enfants pécheurs, mais j’ai été faite sainte pour mon boulot – non pour mon propre bien mais pour le bénéfice du monde. Je suis immaculée comme une fiancée, belle à regarder parce que j’ai été purifiée.

IL n’en a pas trouvé une autre. C’est la raison de mon humilité, de ma fierté et de ma misère. Le chant de mon « heureuse faute » est l’hymne de salut pour le monde.

Arnold Stötzel

Pourquoi je suis Catho? Chesterton répond!

Je publierai ici quelques traductions de Chesterton, ma lecture préférée du moment et sûrement une des plus grandes plumes de tous les temps, par la légèreté de ton et la désinvolture de sa verve qui est si impressionnante parce qu’elle ne se laisse impressionner par… rien que Dieu. C’est à son catholicisme qu’il le reconduit dans le texte ci-dessous dont la suite… suivra :-). Attention, cet article a plusieurs pages qui sont numérotés pour le moment de 1 à 4 à la fin du premier. Si vous voulez lire le tout, n’oubliez pas de suivre les autres pages. Bonne lecture…!

Why I am Catholic !

Il est difficile d’expliquer « pourquoi je suis catholique » parce qu’il y a dix mille raisons toutes se résumant à une seule : que le catholicisme est vrai. Je pourrais remplir les lignes qui suivent avec des phrases indépendantes commençant chacune par ces mots : « Il est la seule chose au monde qui… » Je vous donne des exemples (1) Il est la seule chose au monde qui empêche vraiment un péché d’être un secret. (2) Il est la seule chose au monde dans laquelle le supérieur ne peut pas être supérieur; dans le sens de dédaigneux. (3) Il est la seule chose au monde qui libère un homme de l’esclavage dégradant d’être de son temps. (4) Il est la seule chose au monde qui parle comme si elle était la vérité ; comme étant un véritable messager refusant d’altérer un vrai message. (5) Il est le seul type de christianisme qui contient vraiment tous les types de l’homme ; y compris l’homme respectable. (6) Il est la seule grande tentative de changer le monde de l’intérieur ; œuvrant par les volontés et non par les lois ; et je pourrais en dire de meilleur.

Je pourrais aussi traiter la question personnellement et décrire ma propre conversion ; mais, j’ai le pressentiment que parler de moi, rend la tâche moins grandiose qu’elle est en réalité. Nombre de bien meilleurs hommes se sont parfois sincèrement convertis à de bien pires religions. Je préférerais donc davantage tenter de dire ici de l’Église catholique précisément ce qui ne peut être dit, même de ses rivaux les plus respectables. Bref, je voudrais dire de l’Eglise catholique qu’elle est catholique. Je pense montrer qu’elle est non seulement plus grande que moi, mais plus que tout autre chose au monde. Mais puisque dans l’espace de ces lignes, je ne peux en considérer qu’une section, je parlerai de sa capacité à être gardien de la vérité.