Pourquoi je suis Catho? Chesterton répond!

Chesterton 3[D’une part], il semble par exemple inoffensif d’avancer, comme font tous les modernes que « les actions sont mauvaises seulement si elles portent atteinte à la société ». Si vous suivez cette maxime, tôt ou tard, vous aurez l’inhumanité d’une ruche ou une ville païenne qui établira l’esclavage comme le moyen le moins cher et le plus fiable de production, qui torturera les esclaves pour la raison bien évidente que l’individu n’est rien face à l’État et qui instaurera que l’innocent doit mourir pour le peuple, comme firent exactement les meurtriers du Christ. À ce moment là peut-être, vous vous en retournerez aux dogmes du catholicisme et trouverez que l’Église alors qu’elle affirme notre devoir de travailler pour la société, soutient d’autres choses qui interdisent l’injustice des uns envers les autres.

D’autre part, il sonne tout à fait pieux de dire que « la morale est le champ où le spirituel doit l’emporter sur le matériel ». Suivez cette maxime et vous finirez sans aucun doute dans la folie des manichéens affirmant que le suicide peut-être bon s’il est un sacrifice, qu’une perversion sexuelle est agréable si elle évite la responsabilité de donner la vie, que la lune et le soleil sont des œuvres du diable puisqu’elles sont matérielles. À ce point du délire, vous commencerez peut-être à deviner pourquoi le catholicisme insistent sur le fait qu’il y a de mauvais esprits mais aussi de bons ; que la matière peut être sacrée comme il apparaît dans le dogme de l’incarnation ou dans la célébration de la messe, dans le sacrement du mariage ou la doctrine de la résurrection des corps.

Je vous l’avoue, il n’y a pas d’autres organismes dans le monde qui prévient autant les esprits de sombrer dans le délire. Le policier arrive toujours en retard pour prévenir les choses de mal tourner. Le médecin arrive lui aussi en retard puisqu’il arrive toujours pour envoyer un fou à l’asile, et n’a guère de conseils utiles pour éviter qu’un homme sain comme ne sombre dans la folie. Et les autres écoles ou sectes sont pareils à cet égard. Non parce qu’ils ne contiennent pas de vérité du tout, mais justement parce que chacun d’eux contient seulement une vérité et se contente de contenir une vérité. Aucun ne prétend en réalité représenter LA vérité. Il n’y en a aucun d’assez audacieux pour prétendre regarder dans toutes les directions à la fois. L’Église, elle, ne se contente pas d’être armée contre les hérésies du passé ou même du présent mais aussi contre celles de l’avenir qui seront peut-être l’exact opposé de celles d’aujourd’hui. Le catholicisme n’est pas un ritualisme ; on pourra le voir à l’avenir en lutte contre une sorte d’exagération superstitieuse et idolâtre du rite. Le catholicisme n’est pas l’ascétisme ; il a, par le passé, réprimé sans relâche les exagérations fanatiques et cruelles de l’ascétisme. Le catholicisme n’est pas du simple mysticisme ; on le trouve même en train de défendre la raison humaine contre le mysticisme des pragmatistes. Ainsi, lorsque le monde devint puritain au 17è siècle, l’Église fut accusée de transformer la charité en une sophistique, de rendre les choses trop faciles par un certain laxisme de confessionnal. Maintenant que le monde a changé de cap, du puritanisme vers le paganisme, c’est l’Église qu’on retrouve partout protestant contre le laxisme païen des mœurs et des manières. Ce que les puritains voulaient faire, c’est elle qui s’en charge et à un moment où le monde en a vraiment besoin. Selon toute probabilité, tout ce qui est bon dans le protestantisme ne survivra que dans le catholicisme ; et dans ce sens, quand on cherchera de puritains, on ne trouvera bientôt que des catholiques parce que les puritains seront devenus tous païens.

à suivre…

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