Dieu ou Rien! Eglise: quo vadis?

L’idée qui consisterait à placer le Magistère dans un bel écrin en le détachant de la pratique pastorale, qui pourrait évoluer au gré des circonstances, des modes et des passions, est une forme d’hérésie, une dangereuse pathologie schizophrène. J’affirme donc avec solennité que l’Église d’Afrique s’opposera fermement à toute rébellion contre l’enseignement de Jésus et du Magistère. Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien

Cardinal SarahLe cardinal Robert Sarah, l’un des deux figures africaines de la curie romaine vient de signer un livre d’entretien (à paraître) avec l’un des meilleurs biographes du pape Benoit XVI: Diat qui avait écrit le très remarqué L’homme qui ne voulait pas être pape. L’essentiel n’est pas dans la personnalité de ces deux hommes. L’essentiel est dans ce qui est dit et dans son timing.

J’avais traduit ici une interview d’un autre cardinal dont je pensais qu’il jouait au play-boy; impression qui ne m’a d’ailleurs pas quitté depuis. Je m’étais promis d’y revenir mais j’ai simplement « laissé tombé » l’idée car la réaliser risquait plus de trahir ma colère que de dire quoi que ce soit d’intéressant (d’ailleurs je ne sais pas si c’est jamais intéressant). Le livre du Cardinal Sarah, en attendant qu’on le lise, vient donc à point nommé.

Sur un premier point.

Dans l’interview en question, le cardinal semblait dire en effet que les Africains, en particulier les prélats africains (et d’autres pays) qui étaient au dernier synode sur la famille – et Sarah y était – devaient réagir comme tous les enfants sages: se taire et écouter. J’ai dit enfant sage pour ne pas écrire le mot qui me vient sur les lèvres et qui a sans doute brûlé les siennes. Ces évêques pouvaient avoir des choses intéressantes à dire; mais pas dans l’aula romaine: « qu’ils se taisent, qu’ils écoutent et s’ils ont des choses à dire, qu’ils rentrent donc dans leurs brousses, les clamer à qui veut les entendre ». Tel est le message qu’on leur envoyait. On n’a pas osé parlé de ça en haut lieu; le livre de Sarah en parlera-t-il? je ne sais! Mais le simple fait que le livre existe est un doigt d’honneur qu’un cardinal invité au silence peut se permettre de faire à un autre cardinal: l’ambiance ecclésiale est assez délétère pour oser utiliser de telles images.

Sur un deuxième point.

Ceux qui s’empressent parce qu’ils pensent avoir des choses intéressantes à dire – peut-être avant de mourir (?) – oublient-ils que « Jamais homme n’a pas parlé comme Cet Homme » qu’ils suivent? Qu’ont-ils donc de si intéressant à dire? Comment s’étonnent-ils que des croyants ne se laissent guère impressionner par tout ce remue-ménage? Bref, dans ce qui se joue, ce n’est pas tant que l’Eglise d’Afrique ait des choses intéressantes à dire: s’il s’agissait seulement de cela, elle pourrait bien se taire. Ce n’est pas tant qu’il faille l’écouter. Si ceux qui professent se mettre au service de l’Evangile manquent de cette vertu élémentaire, « quelqu’un pourra ressusciter d’entre les morts », ils n’y comprendront rien. Non, le problème n’est pas là.

Le vrai problème est le suivant: l’Eglise d’Afrique a accueilli la Bonne Nouvelle avec enthousiasme et Dieu sait combien elle lui a coûté. Elle a espéré et espère encore que Dieu l’a fait passer par de grandes tribulations pour lui découvrir sa gloire. Si un jour cette Bonne Nouvelle devait apparaitre juste comme une caisse de résonance, malléable à merci au gré de ce que l’Occident considère être ses problèmes, si un jour cette Bonne Nouvelle devait lui apparaitre comme juste le reflet d’une culture et non la Révélation de Dieu, juste comme les restes réchauffés de l’histoire d’une grande culture – mais d’une culture quand même; si ce jour devait arriver, alors ce jour-là il faudrait conclure que toute la peine, tous les sacrifices que ce continent à consenti ne valait pas une seconde de tracasserie; que ses martyrs seraient morts pour rien. Si ce jour arrive, alors on se trouverait à un point où il faudra décider, selon le titre très grave du livre du Cardinal Sarah: Dieu ou Rien. Le simple fait qu’on arrive un jour à mettre ces deux « mots » (jusqu’ici il ne s’agit – heureusement – que de ça), à mettre ces deux mots sur une balance, montre que les temps seront bien graves et que la décision aura déjà été prise.

Sur un troisième et dernier élément.

Le Cardinal Sarah est un homme discret qui sert depuis longtemps à la curie et a connu plusieurs papes. Que dans les grandes tempêtes qu’a traversées l’Eglise, on ne l’ait pas entendu et qu’un livre nous vienne si soudain ne peut manquer d’interroger même le plus indifférent. Je n’ai jamais été autant intéressé par les affaires romaines que depuis un an et il s’y trouve des motifs d’être parfois réellement en colère. Contre le mauvais côté des choses mais parfois même contre ce qu’on présente comme son bon côté.

On pensait qu’il était temps de passer au Sud. Et du fin fond du Sud, on est allé le chercher. On pensait qu’il serait l’irruption des pauvres dans un monde guindé mais tout ce qu’il réussit à nous proposer, c’est un ensemble de valeurs bourgeoises dont le monde lui-même commence à se lasser. Dans un monde soumis à l’implacable règne de la Technique, on espérait qu’il apporte un peu des douceurs de la simplicité. Et tout ce qu’on récolte, c’est la frénésie de cette efficacité technicienne qui ne fait même plus rêver ses plus ardents partisans. Le nom annonçait la pauvreté et les gestes aussi: et nous voilà avec deux résidences au lieu d’une seule, le Palais apostolique continuant de servir pour l’angélus! La liste pourrait s’allonger si la piété ne me commandait pas de m’arrêter ici pour aller prier pour lui.

Il faut conclure?

Alors oui, de là à ce que même les plus réservés osent parler, il n’y a qu’un pas. Alors oui, Eglise, où vas-tu? Dieu… ou quoi? Un hôpital de campagne?

Si l’Église s’était laissée aller à ne plus être que le pôle plein d’âme d’un monde qui n’en avait plus, elle se serait oubliée elle-même. Elle serait devenue le complément souhaité du capitalisme, un institut d’hygiène pour les tribulations de la lutte concurrentielle, un but d’excursion dominicale ou la résidence d’été du citadin des grandes villes… l’article de consommation d’une bourgeoisie relativiste – Carl Schmitt (1925)

Celui qui a écrit ces lignes était un conservateur de grand chemin; il eut autant d’admiration que de démêlés avec l’Eglise (oui, l’un n’empêche pas l’autre!, à bon entendeur) et des tribulations avec le parti nazi. Mais sur ce qu’il écrit ici, il avait sans doute raison.

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Une réponse

  1. Que penser? Le rêve prend-il sa fin? Ou le début d’un cauchemar en plein éveil? Finalement tout brouille dans ma petite cervelle

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