L’épuisement des symboles

Le privé ne fait pas histoire, disait Hannah Arendt. Le privé, la vie privée, est par définition selon elle une vie privée d’histoire. Pour qu’une vie fasse histoire, il faut qu’elle apparaisse dans le domaine public, qu’elle soit prise en charge si l’on veut par d’autres regards qui puissent justement en faire le récit, lui offrant cette insigne dignité de transcender malgré sa singularité, les frontières de l’espace et du temps ; bref, de s’inscrire dans la mémoire, de faire symbole.

Mais il se peut que nous en arrivions peu à peu, de nos jours, à ce que la vie publique elle-même ne fasse plus histoire. Arendt, déjà, relevait la chose. Si le domaine public consiste en effet en ce que d’autres donnent de la valeur, pour ainsi dire, à mes actions, une société qui encourage à choisir ses valeurs ou, ce qui est le même, à valoriser ses propres choix… en est une qui, bientôt, n’a plus d’histoire à raconter, ni de mémoire à faire vivre. L’homme démocratique, disait Tocqueville, ne sait pas s’inquiéter de l’avenir mais seulement du lendemain. Dans les logiques d’une société de masse – qui est, avant tout, une société de consommateurs – la réussite et la sécurité financières remplaçant la réputation et la gloire, la notion d’une dignité dont on puisse se souvenir s’en trouve, peu à peu, rognée sinon ruinée, pensait Arendt. C’est la ruine des symboles.

Qu’on soit d’accord ou pas avec Arendt sur ce point, on ne peut manquer de constater ce que je nomme ici l’épuisement des symboles. Car, puisque l’espace public ne saurait néanmoins se passer de récit, nous en fabriquons toujours de façon recommencée. Mais ils semblent s’épuiser aussi vite qu’ils sont créés. Celui qui regarde l’actualité troublée de la France de ces 18 derniers mois ne saurait durablement en douter.

je suis épuiséAutour des tristes événements de janvier 2015, il y eut un sursaut qu’on a dit citoyen – et la chose eut une ampleur même mondiale. Les Je suis Charlie, partout placardés et arborés – jusque sur les murs de mon église – même s’ils trahissent la propension de l’homme de masse à consommer du nouveau – même quand il s’agit d’horreur – n’en faisaient pas moins signe à un quelque chose. Ou, du moins, avons-nous cru qu’ils faisaient signe à quelque chose qu’il s’agissait alors de trouver, d’orienter, de consolider, de raconter pour faire mémoire et résister.

Certes, les dandys déconstructeurs de la French Theory nous avertissaient de l’entrée en une ère qui se paye les « grands » récits. Et il en faut peu pour constater que les récits s’émiettent sans qu’on puisse jamais rêver de leur possible coagulation, dans une culture où nous sommes souvent incapables de trancher entre ceux qui ont raison et ceux qui ont tort par « peur » de figurer sur la liste « intolérants ». Entre celui qui tue, et ceux qui mentent pour couvrir ce qu’ils n’ont pas fait – et qui même fait, n’aurait sûrement pas empêché le pire – où en sommes-nous vraiment après Nice ?

Mais le vrai problème me semble ailleurs. C’est que nous avons de très mauvais « conteurs ». Dans tout véritable récit, celui qui conte et raconte, en réalité rapporte ce qu’il a vu. Le « il était une fois » est presque l’indice d’un témoignage oculaire et transforme le récitant en un protagoniste (rescapé ?) et capable, pour cette raison, de raconter une histoire qui rassemble. De plus en plus pourtant, ceux qui nous racontent les histoires de malheurs qui nous assaillent le font depuis derrière leurs écrans, depuis derrière des studios bien plus gardés et sécurisés que la Promenade des Anglais, depuis derrière des Élysées beaucoup plus sécurisées que le Bataclan ; et s’il leur arrive de voyager en train, il est fort à parier qu’occupant un wagon entier de « gardes », ils ne risquent guère d’être atteints par un tueur fous venant d’Amsterdam. Alors quand deux jours après, ils se pointent devant des caméras pour raconter les histoires de ce qui nous arrivent, tout le monde a le sentiment qu’ils n’y comprennent pas grand-chose. Même les enfants le savent, il n’y a pas pire pour un récit que de devenir ennuyeux.

Mais dans une certaine mesure, ce n’est pas de leur faute. Ils sont le miroir de ce que nous sommes. Oui, tout autant préoccupés par notre propre sécurité – qu’ils s’acharnent à vouloir nous fournir – lorsque se passent ces malheurs, nous sommes plus prompts à pousser un cri de soulagement qu’un cri de désespoir. Ou pour le dire mieux, notre soulagement de n’avoir pas été atteints l’emporte beaucoup très largement sur notre solidarité avec les victimes – qui sont d’ailleurs parfois tellement loin que notre sympathie échoue devant la publicité qui passe après la minute d’info. Ou pour le dire mieux encore, nous savons presque tous maintenant qu’il y aura malheureusement encore des victimes ; et notre seule prière : que ce ne soit pas moi ! Or, (Arendt), lorsque je suis seul à prendre en charge ma propre histoire, c’est que c’en est fini d’un espace public possible.

Comment d’ailleurs comprendre les épanchements dont nous sommes régulièrement témoins à la télé ? Est-ce pour la télé, ie pour le spectacle, pour ceux qui sont morts, est-ce même une forme de solidarité nationale ? Habitués de films d’horreur et de jeux vidéos sanglants, accoutumés à normaliser l’avortement ou l’euthanasie bientôt, ou à voir des migrants mourir en Méditerranée, il y a fort à parier que les histoires de vies fauchées ne nous touchent plus vraiment.

Ce qui nous touche vraiment, nous le savons, c’est lorsqu’on touche à nos affaires. Il faut le dire : nos affaires ont aujourd’hui plus de valeur qu’une vie humaine. La télévision, par exemple, continue sereinement ses affaires en nous servant de la publicité par intervalle régulier même lorsque nous sommes touchés au plus profond de nous-mêmes, si bien qu’on soupçonne que nous faire pleurer est peut-être bon pour ses affaires. Mais on pourrait trouver d’autres exemples. Nous voyons des migrants mourir, avec plus ou moins de compassion mais quelque part, c’est bon pour nos emplois. Nous traitons la vie humaine – et par suite l’avortement – avec tellement de légèreté qu’on a parfois, avec encore autant sinon plus de légèreté, justifié ce dernier par la nécessité de poursuivre une « carrière ». Rien qu’à y regarder de près, ce qui a aujourd’hui la dignité de traverser les frontières, c’est d’abord les sous, ensuite les marchandises ; les hommes qui les fabriquent eux, arrivent en dernière position. Et si l’on veut davantage d’éléments, il faut penser au fait que, par exemple, nous avons été très unanimement énervés contre les grévistes de la CGT, les journalistes avec, quand ils ont bloqués les raffineries mettant à mal nos « affaires », que lorsqu’une vie humaine est fauchée. L’exemple de l’avortement que je donne plus haut n’est pas seulement polémique : si nous sommes incapables de nous émouvoir devant une vie injustement fauchée, il est à craindre que le nombre ne nous fasse pas vraiment plus d’effet.

Ce qui épuise les symboles tout simplement, c’est peut-être donc notre propension marchande. Culture de masse, dirait Arendt. Il est à craindre que tout se monnayant, les attentats n’entrent dans le jeu…

Aussi, au milieu des malheurs qui nous assaillent, ce qu’il nous faudrait, ce ne sont pas des sauveurs : Dieu sait qu’il n’en existe pas, hors LUI – et que tous ceux qui se dandinent devant nous sont destinés à se casser la figure comme nous. Mais le message que LUI nous adresse est ce que la nation immaculée, ce qu’aucune nation, prétendument mandatée par je ne sais quelle divinité pour porter je ne sais quelle paix aux limites du monde, n’est jamais prête à entendre : Arrête de chercher la paille dans les yeux de l’ennemi pour regarder (enfin) la poutre qui est dans les tiens. A défaut de croire en Dieu et d’entendre ce message, en ces temps sombres qui sont les nôtres, ce dont nous avons besoin, ce sont des gens qui pourraient nous raconter l’histoire de ce qui nous arrive pour nous permettre de comprendre et tenir. Mais il est à craindre que nous attendions longtemps encore, et que nous chantions La Marseillaise jusqu’à user… le symbole !

La mémoire, l’oubli et la culture

Longtemps absent de ce blog pour des raisons que certains savent et que ce qui ne savent pas sauront, j’y reviens en inaugurant une autre rubrique que j’appellerai « En lisant… ». J’y mettrai des extraits de beaux textes (sans préjuger de leur difficulté) que je rencontrerai dans mes lectures. Je poste celui-ci qui est du philosophe italien Giorgio Agamben (qui n’a rien à voir avec Giorgio Armani :-)) qui a commis il y a quelques années un commentaire de l’épître aux romains (eh oui!), commentaire sur lequel je reviendrai plus tard. J’ai repris la lecture du livre (travaillé déjà il y a quelques années, mais à ce que j’y découvre, pas assez alors) et je pense que les lignes qui suivent sont les plus belles pages que l’auteur y ait écrites. On connait la boutade qui veut que la culture, ce soit ce qui reste quand on a tout oublié. Eh bien, on en oublie beaucoup, certes! Mais l’essentiel n’est peut-être pas, dans ce cas précisément ce qui reste, mais… ce qu’on a oublié!

Malgré les efforts des historiens, des scribes et des archivistes en tout genre, la quantité de ce qui, dans l’histoire de la société comme dans celle des individus, est irrémédiablement perdu est infiniment plus importante que ce qui est peut être recueilli dans les archives de la mémoire. À chaque instant, la mesure de l’oubli et de la ruine, le gaspillage ontologique que nous portons inscrit en nous, excèdent largement la piété de nos souvenirs et de notre conscience. Mais le chaos informe de ce qui a été oublié n’est ni inerte ni inefficace – au contraire, il agit en nous comme une force tout aussi grande que celle de la masse des souvenirs conscients, même si c’est de manière différente. Il y a une forme et une opération de l’oublié qui ne peuvent être mesurées en terme de mémoire consciente ou accumulées comme savoir, et dont la présence détermine la valeur de tout savoir et de toute conscience. Ce que le perdu exige, c’est non pas d’être rappelé et commémoré, mais de rester en nous et parmi nous en tant qu’oublié, et tant que perdu – et seulement dans cette mesure, en tant qu’inoubliable.

De là l’insuffisance de toute relation à l’oublié qui chercherait simplement à le renvoyer à la mémoire, à l’inscrire dans les archives et dans les monuments de l’histoire – ou, à la limite, à construire pour celui-ci une autre tradition et une autre histoire, celle des opprimés et des vaincus qui s’écrit avec des instruments différents de ceux qui sont employés par l’histoire dominante mais qui ne diffère pas substantiellement d’elle. Contre cette confusion, il faut rappeler que la tradition de l’inoubliable n’est précisément pas une tradition – elle est bien plutôt ce qui marque toutes les traditions  d’un sceau d’infamie ou de gloire, et parfois les deux à la fois. Ce qui rend chaque histoire historique et chaque tradition transmissible, c’est le noyau inoubliable qu’elles portent en leur sein. L’alternative n’est donc pas ici entre l’oubli et le souvenir, entre l’inconscience et la conscience: l’élément décisif est seulement la capacité de rester fidèle à ce qui, bien qu’il ait été sans cesse oublié, doit pourtant rester inoubliable et exige en quelque sorte de demeurer avec nous, d’être encore – pour nous – d’une certaine manière possible.

Giorgio Agamben, Le temps qui reste, trad. fr. J. Revel, Payot-Rivages, p. 72-73

Bourgeois, tous!

La plupart du temps, les pays sous-développés sont considérés sous le signe du manque : lorsqu’on en parle, on veut presque toujours dire des pays non encore ouvert à l’économie de marché, des champs ouverts grandement inexploités, encore fermés à aux projets d’expansion du bourgeois capitaliste. Et lorsque ce dernier se retrouve devant ce qui constitue des modes de vie alternatifs, il n’a que deux mots : « Misère ! Rationalisons ! »

Dieu ou Rien! Eglise: quo vadis?

L’idée qui consisterait à placer le Magistère dans un bel écrin en le détachant de la pratique pastorale, qui pourrait évoluer au gré des circonstances, des modes et des passions, est une forme d’hérésie, une dangereuse pathologie schizophrène. J’affirme donc avec solennité que l’Église d’Afrique s’opposera fermement à toute rébellion contre l’enseignement de Jésus et du Magistère. Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien

Cardinal SarahLe cardinal Robert Sarah, l’un des deux figures africaines de la curie romaine vient de signer un livre d’entretien (à paraître) avec l’un des meilleurs biographes du pape Benoit XVI: Diat qui avait écrit le très remarqué L’homme qui ne voulait pas être pape. L’essentiel n’est pas dans la personnalité de ces deux hommes. L’essentiel est dans ce qui est dit et dans son timing.

J’avais traduit ici une interview d’un autre cardinal dont je pensais qu’il jouait au play-boy; impression qui ne m’a d’ailleurs pas quitté depuis. Je m’étais promis d’y revenir mais j’ai simplement « laissé tombé » l’idée car la réaliser risquait plus de trahir ma colère que de dire quoi que ce soit d’intéressant (d’ailleurs je ne sais pas si c’est jamais intéressant). Le livre du Cardinal Sarah, en attendant qu’on le lise, vient donc à point nommé.

Sur un premier point.

Dans l’interview en question, le cardinal semblait dire en effet que les Africains, en particulier les prélats africains (et d’autres pays) qui étaient au dernier synode sur la famille – et Sarah y était – devaient réagir comme tous les enfants sages: se taire et écouter. J’ai dit enfant sage pour ne pas écrire le mot qui me vient sur les lèvres et qui a sans doute brûlé les siennes. Ces évêques pouvaient avoir des choses intéressantes à dire; mais pas dans l’aula romaine: « qu’ils se taisent, qu’ils écoutent et s’ils ont des choses à dire, qu’ils rentrent donc dans leurs brousses, les clamer à qui veut les entendre ». Tel est le message qu’on leur envoyait. On n’a pas osé parlé de ça en haut lieu; le livre de Sarah en parlera-t-il? je ne sais! Mais le simple fait que le livre existe est un doigt d’honneur qu’un cardinal invité au silence peut se permettre de faire à un autre cardinal: l’ambiance ecclésiale est assez délétère pour oser utiliser de telles images.

Sur un deuxième point.

Ceux qui s’empressent parce qu’ils pensent avoir des choses intéressantes à dire – peut-être avant de mourir (?) – oublient-ils que « Jamais homme n’a pas parlé comme Cet Homme » qu’ils suivent? Qu’ont-ils donc de si intéressant à dire? Comment s’étonnent-ils que des croyants ne se laissent guère impressionner par tout ce remue-ménage? Bref, dans ce qui se joue, ce n’est pas tant que l’Eglise d’Afrique ait des choses intéressantes à dire: s’il s’agissait seulement de cela, elle pourrait bien se taire. Ce n’est pas tant qu’il faille l’écouter. Si ceux qui professent se mettre au service de l’Evangile manquent de cette vertu élémentaire, « quelqu’un pourra ressusciter d’entre les morts », ils n’y comprendront rien. Non, le problème n’est pas là.

Le vrai problème est le suivant: l’Eglise d’Afrique a accueilli la Bonne Nouvelle avec enthousiasme et Dieu sait combien elle lui a coûté. Elle a espéré et espère encore que Dieu l’a fait passer par de grandes tribulations pour lui découvrir sa gloire. Si un jour cette Bonne Nouvelle devait apparaitre juste comme une caisse de résonance, malléable à merci au gré de ce que l’Occident considère être ses problèmes, si un jour cette Bonne Nouvelle devait lui apparaitre comme juste le reflet d’une culture et non la Révélation de Dieu, juste comme les restes réchauffés de l’histoire d’une grande culture – mais d’une culture quand même; si ce jour devait arriver, alors ce jour-là il faudrait conclure que toute la peine, tous les sacrifices que ce continent à consenti ne valait pas une seconde de tracasserie; que ses martyrs seraient morts pour rien. Si ce jour arrive, alors on se trouverait à un point où il faudra décider, selon le titre très grave du livre du Cardinal Sarah: Dieu ou Rien. Le simple fait qu’on arrive un jour à mettre ces deux « mots » (jusqu’ici il ne s’agit – heureusement – que de ça), à mettre ces deux mots sur une balance, montre que les temps seront bien graves et que la décision aura déjà été prise.

Sur un troisième et dernier élément.

Le Cardinal Sarah est un homme discret qui sert depuis longtemps à la curie et a connu plusieurs papes. Que dans les grandes tempêtes qu’a traversées l’Eglise, on ne l’ait pas entendu et qu’un livre nous vienne si soudain ne peut manquer d’interroger même le plus indifférent. Je n’ai jamais été autant intéressé par les affaires romaines que depuis un an et il s’y trouve des motifs d’être parfois réellement en colère. Contre le mauvais côté des choses mais parfois même contre ce qu’on présente comme son bon côté.

On pensait qu’il était temps de passer au Sud. Et du fin fond du Sud, on est allé le chercher. On pensait qu’il serait l’irruption des pauvres dans un monde guindé mais tout ce qu’il réussit à nous proposer, c’est un ensemble de valeurs bourgeoises dont le monde lui-même commence à se lasser. Dans un monde soumis à l’implacable règne de la Technique, on espérait qu’il apporte un peu des douceurs de la simplicité. Et tout ce qu’on récolte, c’est la frénésie de cette efficacité technicienne qui ne fait même plus rêver ses plus ardents partisans. Le nom annonçait la pauvreté et les gestes aussi: et nous voilà avec deux résidences au lieu d’une seule, le Palais apostolique continuant de servir pour l’angélus! La liste pourrait s’allonger si la piété ne me commandait pas de m’arrêter ici pour aller prier pour lui.

Il faut conclure?

Alors oui, de là à ce que même les plus réservés osent parler, il n’y a qu’un pas. Alors oui, Eglise, où vas-tu? Dieu… ou quoi? Un hôpital de campagne?

Si l’Église s’était laissée aller à ne plus être que le pôle plein d’âme d’un monde qui n’en avait plus, elle se serait oubliée elle-même. Elle serait devenue le complément souhaité du capitalisme, un institut d’hygiène pour les tribulations de la lutte concurrentielle, un but d’excursion dominicale ou la résidence d’été du citadin des grandes villes… l’article de consommation d’une bourgeoisie relativiste – Carl Schmitt (1925)

Celui qui a écrit ces lignes était un conservateur de grand chemin; il eut autant d’admiration que de démêlés avec l’Eglise (oui, l’un n’empêche pas l’autre!, à bon entendeur) et des tribulations avec le parti nazi. Mais sur ce qu’il écrit ici, il avait sans doute raison.

Ils choisiront quand ils seront grands

Deux jeunes fiancés fous amoureux l’un de l’autre (appelons-les Sophie et William) veulent se marier. Ils s’asseyent un soir et rêvent à leur vie future et le sujet de l’accueil et de l’éducation des enfants surgit très rapidement.

Sophie qui était très pieuse demanda : dans quelle religion allons-nous élever nos enfants ? William qui était un homme très moderne, très libéral répond : « Oh chérie, ils choisiront quand ils seront grands ! » Elle ne suit pas trop quoi répondre. Comme tu es anglais et moi française, quelle langue allons apprendre aux enfants en premier ? William qui était un homme très moderne et très libéral répond : « Oh chérie, ils choisiront quand ils seront grands ! » Et comme il se rendit compte qu’il avait dit une bêtise, il se reprit très rapidement en ajoutant pour consoler sa future épouse: « Oh chérie, je ne voulais pas t’offenser. Je te rassure, nous aurons des enfants, ne t’inquiète pas ».

choisirEt Sophie lui répondit alors avec beaucoup d’humour : « Oh, tu sais chéri, pourquoi ne pas attendre aussi que nos enfants soient grands pour leur demander s’ils veulent bien naître ? Je crois que pour savoir si nous devons avoir des enfants, il vaudrait mieux attendre d’abord qu’ils soient grands pour leur demander s’ils veulent venir au monde ». Le mariage n’eut jamais lieu ! Les enfants ne naquirent jamais. Et ils ne purent jamais choisir quoi que ce soit !

Un monde (?), demain?

Ceci est est une sorte de « théo-fiction » en conclusion à une journée que j’ai, par l’amitié d’un confrère, été invité à animer sur la famille. Elle a été inspiré par le livre de François-Xavier Bellamy (Les déshérités) sur lequel je reviendrai prochainement.

En 2055, pour avoir des enfants, les femmes ne seront plus obligés de porter une grossesse pendant neuf mois. Celles qui refuseront et continueront de le faire seront regardées comme rétrogrades et intégristes. D’ailleurs les hommes ne seront pas obligés de les mettre enceinte ni par la voie naturelle ni par insémination artificielle. Il y aura des couveuses naturelles qui porteront les bébés pendant 9 mois, pendant ce temps le papa – mais est-ce encore vraiment un papa – et la maman – mais est-ce encore une vraie maman – pourront vaquer à leur occupation et neuf mois après, ils pourront venir chercher le bébé.

En fait je me trompe, ils ne pourront pas chercher le bébé, parce qu’une machine pourra mieux prendre soin de lui que des hommes. Elle pourra lui porter le biberon quand il a faim, déclencher une douce musique berceuse quand il est fatigué, lui lire une histoire avant le coucher, lui donner grâce à des programmes informatiques extrêmement sophistiqués des caresses si douces qu’aucun homme n’en est capable, lui apprendre à marcher sans se casser la tronche mille fois, etc. toutes ces choses que les vrais pères et les vraies mères ne savent faire que très maladroitement. La machine pourra s’occuper de lui jusqu’à cinq ans et les parents – mais sont-ils encore de vrais parents – pourront venir le récupérer.

standards-parentsMais non, je me trompe encore une fois : à cinq ans, ils sera mis à l’école et comme l’école est supposée le séparer de ses parents pour qu’il ne soit pas trop influencé par des préjugés de ceux-ci, on le gardera là. Ses parents, s’ils en ont encore le temps, pourront aller le voir de temps en temps, mais ils ne pourront rien lui apprendre parce que ça ne vaudra pas la peine : il aura tout sur internet, y compris l’histoire de sa propre famille sur cinq générations, il pourra voir et lire tout ce qu’il voudra sans que ses parents y soient pour rien du tout. Il pourra également lire tout ce qui concerne les religions sur internet – et sur ces religions sur internet, Dieu sait qu’il y en a de toute sortes – et quand il aura fini de lire tout ça, il pourra choisir s’il veut être djihadiste, chrétien fondamentaliste, protestant, catholique, incroyant, etc. Il ne faut surtout pas que les parents – mais sont-ils encore de vrais parents – aient un rôle quelconque à jouer, il choisira quand il sera grand.

Vous avez remarqué que je me suis posé plusieurs fois la question : mais sont-ils encore de vrais parents ? Et c’est une question qu’on peut légitimement se poser. Mais qu’est-ce qui fait d’un parent, un parent ? Mais je me suis aussi posé la question de savoir s’ils sont de vrais parents ? Mais qu’est-ce qui est vrai ou pas, qu’est-ce que la vérité ?

Ceci a déjà été essayé et on l’essayera encore un jour certainement. On sait que Hitler avait parfois séparé les enfants blonds aux yeux bleus de leurs parents juste pour les faire élever de façon plus réglée comme par des machines et préparer la race forte qui devait peupler son monde. Nous nous rassurons souvent en disant que Hitler était un fou ; je vous assure que c’était le cas; mais je vous assure également que les fous n’ont pas disparu de la terre. Un monde dans lequel, parce que les hommes ont refusé de transmettre, ce sont les machines qui s’en chargent, n’est donc pas aussi loin de nous qu’il paraît. Mais est-ce ce monde-là que nous voulons transmettre à nos enfants, comme un dernier cadeau, comme une dernière transmission ?

Quand un cardinal joue les play-boy: l’interview qui fâche!

Je viens de traduire cet interview qui a fait du bruit au mois d’octobre (et le vent ne fait que se lever apparemment) et qui m’est passé inaperçu. Une amie avec qui je discutais ce midi m’en a révélé l’existence. Et je crois que les Africains qui comme moi se sont désintéressés du synode sur la famille, dont l’agenda paraissait bien trop européen, dicté par les médias, en ont ici une confirmation et une raison de regretter de l’avoir fait. Grosse gaffe ou pas, la poussée raciste du grand cerveau du pape François a de quoi faire réfléchir. Mais je publie d’abord ma traduction de l’interview, réservant les commentaires pour le prochain billet. Les (???) disent sans doute mes difficultés à traduire mais surtout mon incertitude sur le sens de la phrase.

Votre Éminence, comment vont les choses au Synode ?

Tout est très calme actuellement. Ce matin, c’était un peu chaud mais c’est évidemment à cause de vous, les médias.

Hier on nous a dit que « l’esprit de Vatican II» soufflait au synode. Êtes-vous d’accord avec cela ?

C’est vraiment l’esprit du concile – je confirme.

Sentez-vous venir du changement sur la question du divorce et du « remariage » ?

J’espérais qu’il y aurait une certaine ouverture et je crois que la majorité pense comme moi. Ce n’est qu’une impression ; il n’y a pas de vote. Mais je pense qu’on peut espérer une certaine ouverture. Mais peut-être cela n’arrivera-t-il qu’au prochain synode.

Avez-vous senti une opposition croissante à vos propositions ces derniers jours ?

Non. Dans la première phase du synode, j’ai vu plutôt une majorité croissante en faveur d’une ouverture. Je l’ai vu – mais c’est plus qu’un sentiment. Il n’y avait pas de vote. Il y aura (bien sûr) un vote, mais ce n’est pas encore le cas.

Savez-vous comment le Saint Père regarde le synode et ses développements si importants ?

Il ne l’a pas dit – il a été silencieux, il a écouté très attentivement, mais c’est clairement ce qu’il désire, c’est évident. Il veut une part importante de l’épiscopat derrière lui et il en a besoin. Il ne peut pas le faire contre la majorité des évêques.

Y a-t-il un intérêt pour lui à pousser les choses aussi loin ?

Il ne pousse pas. Dans son premier discours, il parlait de liberté : liberté de parole, tout le monde devait dire ce qu’il pensait et ce qu’il avait sur le coeur et cela s’est révélé très positif. Personne ne se demande : « qu’est-ce que le Saint-Père pense de ceci ou cela ? Qu’est-ce que je peux dire ? » Cette liberté d’expression a été très concrète à ce synode, plus que dans d’autres.

On raconte qu’il a ajouté cinq rapporteurs spéciaux vendredi pour aider le rapporteur général, le cardinal Peter Erdö. Est-ce parce qu’il essaie d’influencer le cours des chose selon ses désirs ?

Je ne suis pas dans le secret du cerveau du Pape. Mais je pense que la plupart de ces cinq personnes sont des gens ouverts qui veulent aller de l’avant. Le problème, c’est qu’il y a des problèmes différents de continents différents et de cultures différentes. L’Afrique est totalement différente de l’Occident. C’est également le cas des pays asiatiques et musulmans ; ils sont très différents, en particulier à propos des gays. Il n’y a pas de dialogue possible sur ce sujet avec les Africains et les populations des pays musulmans. C’est impossible. C’est un tabou. Nous, nous disons que nous ne devrions pas discriminer, nous ne voulons pas faire de la discrimination à certains égards.

Mais les participants africains sont-ils écoutés à cet égard ?

Pour la plupart d’entre eux, non!

Ils ne sont donc pas écoutés ?

Ils se font écouter en Afrique certainement où c’est un tabou.

Qu’est-ce qui a changé pour vous dans la méthodologie de ce synode ? [question du journaliste français]

Je pense qu’à la fin nous devrions avoir une ligne générale dans l’Église, des critères généraux ; mais nous ne pouvons pas résoudre les problèmes de l’Afrique. On doit aussi donner de la place aux conférences épiscopales locales pour résoudre leurs problèmes ; avec l’Afrique, c’est impossible à faire. Ils ne devraient pas trop se mêler de nous dire ce que nous avons à faire.

Master Kasper likes only one kind of African: muzzled, submissive, and silent, and who knows his own place

Master Kasper likes only one kind of African: muzzled, submissive, and silent, and who knows his own place

Il y a beaucoup d’inquiétude au sujet de votre proposition.

Oui, oui, il y en a beaucoup.

On dit qu’elle provoque beaucoup de confusions parmi les fidèles, et qu’elle inquiète beaucoup de personnes. Que répondez-vous à cela ?

Je ne peux parler seulement de l’Allemagne où la grande majorité veut une ouverture à propos du divorce et du remariage. C’est le cas en Grande-Bretagne, et partout ailleurs. Quand je parle aux laïcs, même les personnes âgées qui sont mariés depuis 50/60 ans, ils n’ont jamais pensé au divorce, mais ils trouvent qu’il y a un problème avec leur culture et qu’un problème se pose de nos jours dans chaque famille (???). Le Pape m’a également dit que [ces problèmes existent] aussi dans sa propre famille, et observant les laïcs et il voit que la grande majorité est favorable à une ouverture raisonnable et responsable.

Les gens ont cependant l’impression que l’enseignement de l’Eglise va être détruit par votre proposition si elle passe : ce serait défaire 2000 ans de doctrine de l’Eglise. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Personne ne met en cause l’indissolubilité du mariage. Je pense que ce ne serait pas d’un grand secours pour les gens ; mais si vous regardez à cette parole de Jésus, il y a différents évangiles synoptiques dans des endroits différents, dans des contextes différents (???). C’est différent dans le contexte judéo-chrétien et dans le contexte hellénistique. Marc et Matthieu sont différents. Il y avait déjà un problème à l’âge apostolique. La Parole de Jésus est claire, mais comment l’appliquer dans des situations différentes, complexes ? Il y a un problème à appliquer ces paroles.

L’enseignement ne change pas ?

L’enseignement ne change pas mais ion peut l’approfondir, il peut être différent. Il y a aussi une certaine croissance dans la compréhension de l’Evangile et de la doctrine, une évolution. Notre fameux cardinal Newman avait parlé du développement de la doctrine. Pareillement, il ne s’agit pas d’un changement, mais d’un développement dans la même ligne. Bien sûr, le pape le veut et le monde en a besoin. Nous vivons dans un monde globalisé et on ne peut pas tout gouverner, à partir de la Curie. Il doit y avoir une foi commune, une discipline commune, mais une application différente.

11 novembre : un anniversaire!

J’ai 32 ans ! Non, 33 et même plus ! Je suis né avant de l’être ; je suis né quand je ne savais pas encore ce qu’est le monde. Je suis né quand mes parents se sont rencontrés et qu’ils se sont dit « tiens, nous aurons une famille et nous auront des enfants ». J’avais un prénom avant d’en avoir ; ils me connaissaient, ils m’appelaient quand je ne savais encore répondre. Beaucoup de gens se réjouissaient de m’attendre, et beaucoup se battaient de savoir quel prénom je porterais. Si, si ! Mon frère Francis, paix à son âme, qui était mon aîné de 6 ans, fier d’avoir un frère, courut regarder au calendrier et rapporta mon prénom comme un trophée : Léonard.

De cette histoire que je raconte, je n’en sais rien ; ce n’est pas pour cela qu’elle n’a pas existé. Les débats de nos jours sur ces enfants qui seraient des choses avant de naître, sur ces vieillards qui seraient des légumes avant de n’être plus sont des philosophades de gens oiseux. Moi, je le sais : je ne serais même pas né que j’aurais gardé dans le cœur de Francis qui surveillait ma naissance tel un gynéco, la trace d’une joie perdue ou d’un drame qui aurait déterminé sa vie. Nous ignorons tout ce que nous avons fait avant de naître un matin ou un soir. Cette bagarre que nous avons provoquée entre papa et maman, cette gifle que le gynéco s’est fait appliquer, ce rire que nous avons arraché à grand-mère et ces larmes de grand-père, cette angoisse suscitée chez maman, cette espérance que nous avons apprise à papa, nous étions les héros d’une histoire que nous imaginons à peine.

anniversaire2Quoi me dira-t-on ? N’a-t-on pas le droit ? À quoi je répondrais qu’il faut être avant d’avoir, fût-ce un droit. Et pour être nous devons être aimé d’ailleurs, par quelqu’un que nous ne connaissons pas, que nous n’avons pas vu parce que nous ne pouvions voir, que nous n’avons pas entendu parce que nous ne pouvions entendre… par nos parents. C’est bien pourquoi je suis né quand je n’étais pas encore né. Je suis né dans l’amour, quand je n’étais pas encore. J’ai 32 ans. Non, 33 ou même plus. Et d’ailleurs, à quoi servent les années si l’on n’est pas aimé ?

Je ne serai donc pas narcissique au point de me souhaiter un joyeux anniversaire. Ou je me le souhaite en une forme d’action de grâce à Dieu pour tous ceux là qui permettent de commencer l’année zéro de sa vie et que je ne saurai pas nommer puisque, hors mes parents, je ne les connais guère. C’est sûr, c’est seulement un jour dans la lumière que nous saurons pourquoi il faut dire merci. Faute de savoir à qui je dois dire merci (merci à qui passera par ici par exemple), je lance le mot vers Dieu, vers le Ciel et espère qu’il répandra les mérites. Alors, MERCI…